Alternatives à Microsoft Fabric et OneLake en 2026 : la grille de lecture souveraineté et Apache Iceberg (5/5)
Nous en avons rarement entendu du bien. Mais beaucoup d’organisations ont Microsoft.
Ce quatrième billet traite d’un cas différent des trois précédents. Beaucoup d’organisations ont Microsoft, et donc Power BI. Pour celles qui payaient une capacité Power BI Premium, Fabric est arrivé au renouvellement : Microsoft a mis fin à la vente des capacités P et renvoie ses clients vers les capacités F. Le passage à Fabric relève alors du contrat plutôt que d’un comparatif mené par l’équipe data.
Dremio ne consacre pas d’article à Fabric. Il le mentionne en passant dans ses listes d’alternatives, comme un produit parmi d’autres. Pour un lecteur français, c’est le produit qu’il faut regarder en premier.
Ce que les comparatifs américains ne vous disent pas
Trois choses.
La première : le témoignage sous serment du directeur juridique de Microsoft France devant le Sénat, le 10 juin 2025, que nous avons cité dans le premier billet, portait sur Azure. Fabric et OneLake sont des services Azure. Ce que Microsoft ne peut pas garantir pour la Plateforme des données de santé, il ne peut pas le garantir pour votre lakehouse Fabric.
La deuxième : la voie souveraine existe sur le papier, pas encore dans les faits. Bleu, la société créée par Orange et Capgemini pour opérer Microsoft 365 et Azure dans un cloud français isolé de l’infrastructure mondiale de Microsoft, visait la qualification SecNumCloud 3.2 en 2025. À la mi-2026, elle est engagée mais pas obtenue, et le calendrier a glissé plusieurs fois depuis les premières annonces. Quand elle arrivera, il faudra encore que Fabric fasse partie des services qualifiés, ce qui n’est pas acquis : S3NS a qualifié une trentaine de services Google, ce qui montre qu’un catalogue qualifié est un sous-ensemble. Aujourd’hui, une organisation qui veut du Fabric souverain attend.
La troisième, et c’est le point technique du billet : Fabric parle Iceberg, en lecture seulement, et par traduction.
Fabric en 2026, sans caricature
Fabric est une idée forte : réunir dans un même espace de travail, sur un même stockage, tout ce qu’une organisation fait avec ses données. Ingestion, entrepôt, lakehouse, temps réel, data science, et Power BI au bout. Un seul stockage, OneLake, un seul modèle de sécurité, une seule capacité facturée. Pour une organisation dont les analystes vivent dans Excel et Power BI, c’est-à-dire la majorité des ETI françaises, la promesse est immense : plus de copies, plus de connecteurs, les rapports lisent directement le lac.
Le revers tient en trois points.
La capacité, une unité qui mélange tout. Fabric se facture en unités de capacité, par paliers (F2, F4, jusqu’à F2048). La même capacité sert à l’ingestion, aux requêtes SQL, aux notebooks Spark, aux rafraîchissements Power BI et aux modèles de langage. Quand une équipe lance un traitement lourd, les rapports de tout le monde ralentissent, et quand la capacité est dépassée, Fabric applique un lissage puis un bridage. La réponse à un bridage récurrent est un palier supérieur, dont le prix double à chaque marche. Le palier F64 correspond à l’ancienne capacité P1 et, selon des cabinets spécialisés, c’est aussi le minimum pour que les lecteurs Power BI n’aient pas besoin d’une licence individuelle.
Le retrait de Power BI Premium. Microsoft a annoncé le 14 mars 2024 la fin des capacités Power BI Premium (SKU P) au profit des capacités Fabric (SKU F) : retrait de la vente aux nouveaux clients le 1er juillet 2024, renouvellement possible jusqu’au 1er janvier 2025 pour les clients sans contrat Enterprise Agreement, et jusqu’à la fin du contrat pour les autres. Le même texte précise que les clients d’un cloud souverain ne sont pas concernés, faute d’accès à Fabric. Un client qui n’avait besoin que de Power BI se retrouve à acheter une capacité Fabric, avec un catalogue de services qu’il n’a pas demandé et une grille tarifaire qu’il n’a pas comparée. C’est un mécanisme contractuel : le passage à Fabric s’appuie sur le renouvellement du contrat, pas sur une comparaison technique.
Delta comme langue maternelle. OneLake stocke tout en Delta Parquet. Les moteurs Fabric, l’entrepôt, le lakehouse, le temps réel, écrivent du Delta. Delta est un format ouvert, mais moins largement lu qu’Iceberg, et surtout, dans Fabric, il est le seul format que l’interface comprend.
Le mécanisme : Iceberg par traduction, en lecture seule
Microsoft a fait un vrai effort d’ouverture, et il faut le décrire précisément.

OneLake expose un endpoint REST compatible avec la spécification Iceberg REST Catalog. Un client Iceberg standard, PyIceberg, Spark, Snowflake, Trino, peut découvrir et lire les tables Fabric comme des tables Iceberg. Pour y arriver, Microsoft utilise Apache XTable, un projet de la fondation Apache qui traduit les métadonnées entre formats, et l’a étendu pour convertir les vecteurs de suppression Delta en fichiers de suppression positionnelle Iceberg. La table reste une table Delta ; une couche de métadonnées Iceberg est générée à côté.
Deux limites, écrites noir sur blanc dans la documentation Microsoft. L’endpoint ne supporte que des opérations de métadonnées en lecture seule ; les écritures sont sur la feuille de route, pas livrées. Et l’interface Fabric ne reconnaît une table Iceberg que si son dossier contient aussi un journal de transactions Delta, ce qui est le cas quand elle a été importée par raccourci et convertie par XTable, et pas autrement.
Traduisons. Fabric vous laisse lire depuis l’extérieur ce qu’il écrit. Il ne vous laisse pas écrire depuis l’extérieur ce qu’il lit. Le sens de la porte est celui qui garde vos données dedans. Une table Iceberg produite par Flink ou Spark chez vous, sur votre stockage objet, n’est pas une table Fabric ; pour que Power BI la voie, il faut la faire entrer dans OneLake par un raccourci, et la traduire en Delta. Le lakehouse universel de Microsoft est universel à l’entrée.
C’est, de nos quatre plateformes, l’implémentation Iceberg la moins avancée. Snowflake écrit de l’Iceberg natif, Databricks aussi via Unity Catalog, Google en a fait sa voie recommandée. Microsoft en est à la lecture par traduction. La direction est bonne, le rythme est celui d’un éditeur qui n’a aucune raison de se presser : ses clients ne partent pas.
Un fait va dans le sens de Microsoft : depuis le 30 janvier 2026, Snowflake peut lire les tables Iceberg de OneLake par ce point d’accès REST, et Fabric peut lire les tables Iceberg gérées par Snowflake (disponibilité générale annoncée dans les notes de version de Snowflake). D’après la documentation Microsoft, les tables Delta doivent pour cela être converties en métadonnées Iceberg, une fonction à activer sur le tenant ou l’espace de travail.
La grille appliquée à Fabric
Fabric chez Microsoft : niveau C. Format Delta, ouvert en théorie, mais captif dans les faits par l’interface, la capacité et le catalogue ; juridiction américaine ; Iceberg en lecture seule.
Fabric sur Bleu : n’existe pas encore. Quand il existera, il sera protégé juridiquement et restera au niveau C sur la réversibilité, comme BigQuery sur S3NS.
Power BI seul, branché sur un lakehouse Iceberg que vous opérez : niveau A pour les données, avec une dépendance à l’outil de visualisation, qui est d’une autre nature et bien plus facile à traiter. C’est la configuration que nous recommandons dans la majorité des cas, et c’est celle qui est le plus souvent oubliée : Power BI n’a pas besoin de Fabric pour fonctionner.
Sept alternatives, par niveau de contrôle
Le tableau complet des treize alternatives est dans le premier billet. Nous ne retenons ici que ce qui répond à la question que se pose un client Fabric : comment garder Power BI et reprendre le contrôle du reste.
1. Power BI sur un lakehouse Iceberg que vous opérez (niveau A). Vos tables en Iceberg, chez OVHcloud, Scaleway, Outscale ou dans votre datacenter. Un moteur SQL au-dessus. Power BI se connecte en DirectQuery ou en import, comme il l’a toujours fait. Vous conservez les rapports, les compétences, les habitudes, et vous sortez la donnée du périmètre Microsoft. La licence Power BI Pro par utilisateur suffit dans la plupart des cas ; la capacité Fabric devient inutile.
2. Dremio sur site avec Power BI (niveau A). Dremio se branche sur Power BI. Synaltic est partenaire certifié de Dremio : lisez cette entrée avec ce recul, et comparez-la aux entrées 3 à 6.
3. Trino ou Starburst avec Power BI (niveau A). Même logique, avec une fédération plus large et une communauté plus grande.
4. ClickHouse avec Power BI (niveau A). Pour les tableaux de bord à fort volume d’utilisateurs et rafraîchissement fréquent, là où la capacité Fabric souffre le plus.
5. Apache Superset ou Metabase (niveau A). Si la question est aussi de quitter Power BI. Le coût de réécriture des rapports est réel. Pour une administration qui part de zéro, c’est la seule configuration sans aucune brique Microsoft.
6. Cloudera Data Platform (niveau A). Pour un opérateur d’importance vitale qui a déjà la plateforme et veut y brancher Power BI plutôt que d’aller vers Fabric.
7. Databricks sur Azure (niveau B). Pour la data science que Fabric fait moins bien. Même juridiction, mais Iceberg en lecture et écriture, ce qui est déjà mieux. Deuxième billet.
Le chemin, pas le grand soir
Fabric est, de nos quatre plateformes, celle qui ressemble le plus à Hadoop dans sa promesse : un seul stockage, un seul modèle, tous les usages au même endroit. Nous avons raconté à Subsurface 2025, dans Escaping the Hadoop Trap, comment cette promesse d’unification s’est transformée, en une douzaine d’années, en dette technique que plus personne ne voulait porter. La parade est la même qu’alors : ne jamais laisser un composant, ici OneLake, être à la fois le stockage, le format, le catalogue et l’entrée obligée du moteur. Les étapes qui suivent séparent ces quatre rôles.
Étape 1. Séparez Power BI de Fabric dans votre tête, puis dans votre contrat. Listez ce que vous utilisez réellement de Fabric au-delà de Power BI. Dans beaucoup d’ETI, la réponse est : l’ingestion, parce qu’elle était là.
Étape 2. Reconstruisez l’ingestion en dehors. Un flux CDC Debezium, Kafka, vers des tables Iceberg sur un stockage objet que vous contrôlez. C’est l’étape la plus technique, et c’est celle qui rend tout le reste possible.
Étape 3. Branchez Power BI sur ces tables via un moteur SQL, Dremio ou Trino, en parallèle des rapports Fabric existants. Comparez temps de réponse et coût. Migrez les rapports un domaine à la fois.
Étape 4. Au renouvellement, ramenez la capacité Fabric au palier minimum, ou remplacez-la par des licences Power BI Pro. C’est là que l’économie se voit, et c’est là que la conversation avec Microsoft change.
Cinq questions à poser à votre DSI cette semaine
- Avons-nous choisi Fabric, ou avons-nous renouvelé Power BI ?
- Quel palier de capacité Fabric payons-nous, et combien de fois avons-nous monté d’un palier à cause d’un bridage plutôt que d’un besoin ?
- Quelle part de nos données de production n’existe que dans OneLake ?
- Si nous voulions faire lire nos tables par un autre moteur, en écriture et pas seulement en lecture, que dit la documentation Microsoft aujourd’hui ?
- Quand Bleu sera qualifié, Fabric en fera-t-il partie, et avons-nous un plan pour les données sensibles d’ici là ?
Power BI fonctionne sans Fabric. Confier votre lac de données à un fournisseur qui ne peut pas garantir qui le lit est une décision distincte. Ne pariez pas sur les intentions de l’éditeur. Pariez sur la gouvernance du format.
Sources
- Charly Clairmont (Synaltic), Escaping the Hadoop Trap: Apache Iceberg, the long-term technical debt shield, Subsurface 2025, https://youtu.be/0buykj29KbY
- Sénat, commission d’enquête sur la commande publique, audition de Microsoft France, 10 juin 2025.
- Microsoft, documentation Getting started with OneLake table APIs for Iceberg (endpoint en lecture seule) et documentation Fabric sur la conversion via Apache XTable, consultées en septembre 2026.
- Apache XTable, issue n° 810, Add support for OneLake Catalog (état du support d’écriture), 2026.
- Christian Henrik Reich, Microsoft Fabric: Working with Apache Iceberg without shortcutting, Medium, 2025 (reconnaissance des tables Iceberg par l’interface).
- Orange / Capgemini, communiqués sur Bleu, janvier 2024 ; site bleucloud.fr, septembre 2026 (qualification SecNumCloud en cours) ; Synapsys, Cloud souverain Bleu : où en est le SecNumCloud ?, août 2026.
- Microsoft, Important update to Power BI Premium licensing, 14 mars 2024 : https://www.microsoft.com/licensing/news/power-bi-premium-sku-retirement
- Snowflake, notes de version du 30 janvier 2026 (accès bidirectionnel avec Fabric, disponibilité générale) : https://docs.snowflake.com/en/release-notes/2026/other/2026-01-30-iceberg-microsoft-fabric-bidirectional-data-access-ga
- Microsoft, Getting started with OneLake table APIs for Iceberg (lecture seule des métadonnées) : https://learn.microsoft.com/en-us/fabric/onelake/table-apis/iceberg-table-apis-get-started ; pages datées de 2025, à revérifier avant publication.
- Cigref, Stratégies de migration dans le cloud, janvier 2023, chapitre 5.
Billet précédent : BigQuery est le seul entrepôt américain qualifié SecNumCloud. Et alors ?


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